Alfons Mucha : une œuvre ensorcelante
Alors que le Musée de la publicité (Paris – 1er arrond) rend hommage à Toulouse Lautrec, le musée Fabre de Montpellier agglomération célèbre jusqu’au 20 septembre une autre grande figure de la Belle époque, Alfons Mucha (1860-1939).
Près de 280 œuvres (peintures, dessins, affiches, livres, photographies, bijoux, pièces de mobilier, objets d’art, dont deux très grands panneaux de l’Epopée Slave et le décor intérieur du pavillon de la Bosnie-Herzégovine) sont réunies pour la première fois en France et témoignent des importants bouleversements artistiques, politiques et idéologiques du début du XXe siècle dans lesquels l’Europe actuelle puise ses racines.
Panorama complet de la production foisonnante de Mucha, cette rétrospective restitue l’atmosphère de créativité caractéristique de la Belle Epoque.
Elle révèle aussi les ambitions humanistes d’un artiste slave profondément engagé, en quête d’universalité qui, 
convaincu de son destin national, n’hésita pas à renoncer à la modernité "européenne" qui avait fait sa renommée pour se consacrer à la gloire de sa patrie.
C’est la grande Sarah Bernhardt qui, séduite par son style, assure sa réputation à Paris en lui confiant de 1894 à 1900 la création de ses affiches.
1900 est aussi l’année où il obtient la médaille d’argent pour le décor du Pavillon de la Bosnie-Herzégovine à l’Exposition universelle à Paris, fréquentée par 51 millions de visiteurs. La consécration !
Parallèlement Mucha s’intéresse à tous les arts : il s’associe avec le joaillier Georges Fouquet pour créer des bijoux, dessine meubles et objets d’arts et signe de nombreuses affiches 
publicitaires (Moët et Chandon, Heidsieck, Nestlé, Job…).
Mais Mucha reste attaché à la peinture d’Histoire.
Homme à la foi fervente, profondément humaniste, il souhaite participer à l’élévation spirituelle de l’Homme et mettre son talent et sa passion au service de la cause de sa vie : un programme monumental dévolu à la gloire des peuples slaves.
Il ambitionne alors de devenir le héraut de sa patrie.
Le riche industriel et homme politique aux sympathies slavophiles, Charles R. Crane, accepte de financer son projet.
Entre 1912 et 1926, il achève le cycle de L’Epopée slave, 20 tableaux couvrant près de 1 000 mètres carrés de toile peinte, œuvre gigantesque qui célébre le génie slave au moment de
l’indépendance de la Tchécoslovaquie.
Lors de la fondation de la République tchécoslovaque en 1918, où il vit désormais, Mucha dessine les armes de la nouvelle nation, les premiers timbres-poste, des billets de banque…
En 1939, il sera inquièté, à Prague, par l’occupant nazi, sans doute pour son appartenance à la franc-maçonnerie, avant de s’éteindre quelque mois plus tard, en juillet.
Après la guerre, le pouvoir communiste n’apprécie pas son art "bourgeois".
Il faudra attendre les années 1960 pour que son œuvre soit redécouverte, grâce au regain d’intérêt que connaît alors l’Art nouveau.
Cette exposition constitue une perspective nouvelle sur la créativité de l’un des plus célèbres représentants de l’Art nouveau dont l’œuvre parvient tout à la fois à exprimer la grâce et la force. Une séduction puissante.