14 juillet 2009
Alfons Mucha : une œuvre ensorcelante
Alors que le Musée de la publicité (Paris – 1er arrond) rend hommage à Toulouse Lautrec, le musée Fabre de Montpellier agglomération célèbre jusqu’au 20 septembre une autre grande figure de la Belle époque, Alfons Mucha (1860-1939).
Près de 280 œuvres (peintures, dessins, affiches, livres, photographies, bijoux, pièces de mobilier, objets d’art, dont deux très grands panneaux de l’Epopée Slave et le décor intérieur du pavillon de la Bosnie-Herzégovine) sont réunies pour la première fois en France et témoignent des importants bouleversements artistiques, politiques et idéologiques du début du XXe siècle dans lesquels l’Europe actuelle puise ses racines.
Panorama complet de la production foisonnante de Mucha, cette rétrospective restitue l’atmosphère de créativité caractéristique de la Belle Epoque.
Elle révèle aussi les ambitions humanistes d’un artiste slave profondément engagé, en quête d’universalité qui, 
convaincu de son destin national, n’hésita pas à renoncer à la modernité "européenne" qui avait fait sa renommée pour se consacrer à la gloire de sa patrie.
C’est la grande Sarah Bernhardt qui, séduite par son style, assure sa réputation à Paris en lui confiant de 1894 à 1900 la création de ses affiches.
1900 est aussi l’année où il obtient la médaille d’argent pour le décor du Pavillon de la Bosnie-Herzégovine à l’Exposition universelle à Paris, fréquentée par 51 millions de visiteurs. La consécration !
Parallèlement Mucha s’intéresse à tous les arts : il s’associe avec le joaillier Georges Fouquet pour créer des bijoux, dessine meubles et objets d’arts et signe de nombreuses affiches 
publicitaires (Moët et Chandon, Heidsieck, Nestlé, Job…).
Mais Mucha reste attaché à la peinture d’Histoire.
Homme à la foi fervente, profondément humaniste, il souhaite participer à l’élévation spirituelle de l’Homme et mettre son talent et sa passion au service de la cause de sa vie : un programme monumental dévolu à la gloire des peuples slaves.
Il ambitionne alors de devenir le héraut de sa patrie.
Le riche industriel et homme politique aux sympathies slavophiles, Charles R. Crane, accepte de financer son projet.
Entre 1912 et 1926, il achève le cycle de L’Epopée slave, 20 tableaux couvrant près de 1 000 mètres carrés de toile peinte, œuvre gigantesque qui célébre le génie slave au moment de
l’indépendance de la Tchécoslovaquie.
Lors de la fondation de la République tchécoslovaque en 1918, où il vit désormais, Mucha dessine les armes de la nouvelle nation, les premiers timbres-poste, des billets de banque…
En 1939, il sera inquièté, à Prague, par l’occupant nazi, sans doute pour son appartenance à la franc-maçonnerie, avant de s’éteindre quelque mois plus tard, en juillet.
Après la guerre, le pouvoir communiste n’apprécie pas son art "bourgeois".
Il faudra attendre les années 1960 pour que son œuvre soit redécouverte, grâce au regain d’intérêt que connaît alors l’Art nouveau.
Cette exposition constitue une perspective nouvelle sur la créativité de l’un des plus célèbres représentants de l’Art nouveau dont l’œuvre parvient tout à la fois à exprimer la grâce et la force. Une séduction puissante.
05 juillet 2009
Madeleine Vionnet, puriste de la mode
Pour la première fois à Paris, une exposition permet jusqu’au 31 janvier prochain de (re)découvrir le travail de Madeleine Vionnet (seules 2 expositions jusqu’à aujourd’hui, à Marseille et à Lyon, avaient montré son œuvre), figure majeure de l’histoire de la mode, celle qui était considérée comme "le couturier des couturiers".
La rétrospective du Musée des arts décoratifs (Paris – 1er arrond.) regroupe 130 modèles, de 1912 à 1939, mis en scène par la grande Andrée Putman.
Ils révèlent la technique de cette pionnière qui a construit ses vêtements pour les corps des femmes "décorsetés", en maîtrisant la coupe en biais, l’art du drapé, de la forme jusqu’à une pureté absolue des lignes.
Un génie mis au service des femmes et de leur bien-être, qui participe à la transformation de la silhouette et de l’esthétique, marquant ainsi l’évolution de l’émancipation du corps féminin.
Née en 1876 dans le Loiret, d’une famille modeste, elle a 5 ans lorsque celle-ci s’installe à Aubervilliers. A 12 ans, 
Madeleine Vionnet quitte l’école pour travailler et apprendre la couture chez la femme du garde champêtre. A 18 ans, elle décide d’apprendre l’anglais et se rend outre Manche où elle est lingère. En 1896, elle est engagée chez Kate Reily, maison de couture londonienne, où elle débute véritablement son apprentissage de la couture. 5 ans plus tard, de retour à Paris, elle entre chez les sœurs Callot, une des maisons de couture les plus prestigieuses, et en 1906, Jacques Doucet fait appel à elle et lui confie le soin de "rajeunir" sa maison. Mais ses idées novatrices (elle propose aux mannequins de marcher pieds nus, vêtues de robes souples portées à même le corps sans corset) se heurtent aux réticences de la maison.
Elle décide alors de voler de ses propres ailes : en1912, elle ouvre sa maison de couture, au 222 rue de Rivoli. Mais la Grande guerre la contraint à la fermer en 1914. Dès sa réouverture en 1918, elle impose sa modernité et connaît le succès. En 1923, trop à l’étroit, elle aménage un hôtel particulier, au 50 avenue Montaigne, et
confie au décorateur Georges de Feure l’aménagement de ses salons dans le style Art déco, faisant de ce lieu un temple de la mode, à la conquête d’une clientèle internationale. L’organisation de la maison de couture fait preuve d’un esprit d’avant-garde. Femme engagée, Madeleine Vionnet la dirige comme une entreprise moderne emprunte d’un esprit social peu courant pour l’époque : l’établissement offre une cantine, un cabinet médical et dentaire gratuits pour le personnel et leur famille, une crèche, et elle accorde des congés payés et de maternité plus avantageux que ne l’imposent les lois sociales de l’époque.
En visionnaire éclairée, elle soutient l’Association pour la défense des Arts plastiques et appliqués dont l’objectif est de protéger les intérêts de l’industrie de la Haute couture en s’opposant à la contre-façon.
Elle ferme sa maison de couture en 1939 lorsque la guerre éclate, elle est alors âgée de 63 ans.